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Paris

Murs qui ne sont pas droits : ce que ça change dans un haussmannien

Un mur parisien perd couramment un à deux centimètres d'un bout à l'autre. Voici comment le vérifier chez vous en dix minutes, et pourquoi c'est la mesure qui décide si votre cuisine se posera bien.

· 5 min de lecture

Séjour haussmannien parisien avec cheminée en marbre, moulures et parquet à chevrons.

Il y a une phrase qu'on entend dans presque chaque visite : « les murs sont droits, c'est un bel appartement ». Elle est presque toujours fausse, et ce n'est pas un défaut de l'appartement.

Un immeuble haussmannien a entre 130 et 170 ans. Il a été monté à la chaux sur des enduits appliqués à la main, il a bougé, il a été recloisonné une ou deux fois, et il a reçu au fil des décennies des couches de plâtre, de papier peint et de peinture. Un mur y perd couramment un à deux centimètres d'un bout à l'autre. C'est normal. Ce n'est un problème que pour un meuble dessiné sur un plan théorique.

Comment vérifier chez vous, en dix minutes

Vous n'avez besoin que d'un mètre ruban. Trois mesures suffisent à savoir à quoi vous avez affaire.

1. La largeur, à trois hauteurs

Mesurez la largeur du mur où ira la cuisine à trois endroits : au ras du sol, à 90 cm du sol — la hauteur d'un plan de travail — et juste sous le plafond.

Notez les trois. Si elles sont identiques au millimètre, vous avez un mur d'après-guerre ou une cloison récente. Dans un haussmannien, l'écart est généralement de 5 à 20 mm, et il compte : c'est la plus petite des trois qui détermine la largeur maximale d'un meuble, parce qu'un caisson doit pouvoir descendre depuis le haut jusqu'à sa place.

2. La hauteur sous plafond, aux deux extrémités

Même principe. Un plancher ancien se creuse vers le milieu de la pièce, et une différence d'un centimètre entre les deux bouts d'un mur de 3,60 m change la manière dont une rangée de meubles hauts doit être alignée : sur le plafond, sur le sol, ou sur le plan de travail. Les trois donnent des résultats différents et un seul est le bon selon la pièce.

3. L'équerrage de l'angle

Un angle qu'on croit droit fait souvent 88 ou 92 degrés. Le contrôle se fait sans équerre, avec le triangle 3-4-5 : depuis le coin, marquez 60 cm sur un mur et 80 cm sur l'autre. Si l'angle est droit, la diagonale entre les deux marques fait exactement 100 cm. Un centimètre d'écart sur cette diagonale, et votre angle ne l'est pas.

C'est la mesure qui compte le plus pour une cuisine en L, parce qu'un angle faux se propage : décalé de 1 cm au coin, le dernier meuble de la seconde branche peut arriver 3 cm à côté.

Mur d'un appartement parisien avant travaux, enduit ancien et arrivées apparentes.
Trois mesures suffisent à savoir si un mur est droit — il ne l'est presque jamais

Ce qu'un fabricant en fait

Une fois ces écarts connus, ils ne sont plus un problème : ils deviennent une donnée du plan.

Entre deux caissons, ou entre un caisson et le mur, on place un fileur — une bande verticale du même matériau que les façades. Sa fonction est exactement celle-là : absorber l'écart. Sur un plan dessiné à partir de vos cotes réelles, le fileur est dimensionné à l'avance pour rattraper les 14 mm que le mur perd entre le bas et le haut.

Sur une cuisine standard, il n'y a pas de fileur prévu, ou il fait une largeur fixe. L'écart est alors découpé à la scie le jour de la pose, dans un panneau dont le chant n'était pas fait pour être coupé. C'est de là que viennent les joints de silicone qu'on voit chez beaucoup de gens, et les fentes qui réapparaissent au bout de deux hivers.

Même chose pour le plan de travail : débité sur le relevé du mur, il suit un angle qui n'est pas à 90 degrés sans laisser de jour. Débité sur un rectangle, il laisse une fente triangulaire que la crédence devra masquer.

Les trois contraintes parisiennes qui ne sont pas dans les murs

Le mur est le premier sujet. Il y en a trois autres, propres aux immeubles anciens, et le meilleur moment pour les traiter est avant la commande, pas le jour de la livraison.

L'escalier et l'ascenseur. Un plan de travail de 3 m ne monte pas dans une cage d'escalier en colimaçon, et beaucoup d'ascenseurs d'immeuble ancien ne prennent pas un panneau de 2,40 m debout. Mesurez la cabine et le passage le plus étroit de la montée. C'est une contrainte qui se résout très bien quand on la connaît — en fractionnant un plan, en prévoyant un joint à un endroit choisi plutôt que subi — et très mal quand on la découvre avec le camion en bas.

Le règlement de copropriété. Il encadre les horaires de travaux et parfois l'usage de l'ascenseur pour du matériel. Prévenir le syndic quelques jours avant la pose coûte un courriel et évite une journée perdue.

Les arrivées et les évacuations. Dans un haussmannien, elles sont rarement là où on voudrait, et les déplacer n'est pas toujours possible : une évacuation a besoin d'une pente. C'est un point que le métreur relève systématiquement, parce qu'il peut décider de l'implantation entière.

Pourquoi c'est nous qui posons

Ce dernier point est la conséquence de tout ce qui précède.

Une équipe de pose qui découvre le chantier le matin même découvre aussi le mur qui se dérobe. Elle improvise, avec ce qu'elle a dans le camion. Celle qui a pris les mesures trois semaines plus tôt est venue avec la pièce qui absorbe l'écart, parce que cet écart était sur le plan.

C'est la raison pour laquelle chez nous ce sont les mêmes équipes qui mesurent et qui installent. La pose prend un à trois jours selon le chantier.


Si vous avez fait les trois mesures ci-dessus, vous en savez déjà plus sur votre pièce que la plupart des devis n'en tiennent compte. La suite logique est un relevé complet, gratuit et sans engagement — ou quatre questions pour cadrer le projet.

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